vendredi 25 juillet 2014

Me 09/07 : Sécurité sur les beamlines


Tous les utilisateurs travaillant à l'ESRF et étant amenés à utiliser des lignes de lumière doivent suivre une formation de sécurité spécifique qui concerne les cabines optiques et expérimentales du faisceau. Ces cabines sont en effet équipées d'un système de sécurité bien défini, qui garanti que personne n'est présent dans la cabine en même que le faisceau de rayons X. Le faisceau est donc en général bloqué dans l'anneau de garde, juste avant la cabine optique, ce qui permet aux utilisateurs de manipuler les échantillons et autres instruments dans la cabine expérimentale, ou bien les différents éléments optiques dans la cabine du même nom (monochromateurs, par exemple). Les obturateurs du faisceau sont uniquement ouverts lorsqu'une expérience est en cours dans la cabine.

La figure ci-contre représente, dans l'ordre : la cabine expérimentale, la cabine optique et l'anneau de garde (avec le petit anneau intérieur qui sert à accélérer les électrons).
1) Le faisceau est enclenché mais personne ne se trouve dans une cabine. Point de vue sécurité, pas de problèmes.
2) Le faisceau est enclenché dans la cabine optique seulement et pas dans la cabine expérimentale (grâce à l'obturateur entre les deux cabines). L'expérimentateur peut entrer pour manipuler.
3) Situation indésirée et rendue impossible par le système de sécurité : utilisateur présent dans la cabine expérimentale pendant qu'un faisceau de rayons X y pénètre.

La formation de sécurité se déroule sur la ligne de lumière BM18, qui est une ligne en carton. Enfin, elle est en plomb comme toutes les autres, mais il s'agit plutôt de la démo "Ikea" de la beamline que d'une véritable beamline fonctionnelle. Il y a juste un mini caisson avec les différents éléments à présenter lors de la formation, et aucun faisceau n'y entre. 

D'ailleurs, on ne la voit presque pas. Où est Charlie ? (BM18)
La cabine est entièrement en plomb et nous y avons retrouvé les charmantes pancartes nous interdisant formellement de forer des trous dans les parois. Cela nous a été rappelé pendant la formation. Si on doit fixer quelque chose, cela doit être fait sur les poutrelles en fer qui sont à l'intérieur. Concrètement, lors de cette formation, nous avons passé beaucoup de temps à entrer et sortir de la cabine, qui est un endroit assez exigu. Il y a aussi tout un système de clés et autres, mais je n'ai encore jamais utilisé ça et je vais passer cette partie.

Au cas où vous n'auriez pas compris ...
En général, les cabines comprennent chacune une mini grue jaune pour soulever jusqu'à 500kg (ou 2T peut-être). Ca n'a rien à voir avec la sécurité, je vous l'accorde. On trouve en fait ces petites grues un peu partout dans les locaux autour de l'anneau (même dans les labos de préparation). Retour à la sécurité : les cabines comprennent également des chicanes pour faire passer tous les câbles. Ces chicanes ne peuvent pas être ouvertes sans autorisation du groupe de sécurité. Il y a aussi un rebord en plomb au niveau de toutes les portes, pour garantir qu'absolument aucune radiation ne sort. Les portes elles-mêmes sont en plomb et sont donc étonnamment lourdes. Pareil pour les vitres.

En ce qui concerne la procédure s'assurant que personne n'est dans la cabine, il y a une série d'opérations à effectuer. Quand l'échantillon est placé, une et une seule personne réalise la "recherche" (the search). En pratique, ça se fait à plusieurs, parce que c'est plus pratique (même si, personnellement, je trouve ça moins sécurisé). Vous allez comprendre pourquoi.
L'utilisateur doit appuyer sur le bouton "démarrer la recherche" à l'extérieur de la cabine, à côté de la porte. Puis, il doit appuyer sur les boutons de recherche présents DANS la cabine, généralement à l'opposé de la porte. Cela permet de s'assurer que l'utilisateur a bien vérifié que personne ne se cachait au fond de la cabine. Puis, l'utilisateur doit fermer la porte et appuyer sur le bouton "fin de recherche" juste à côté de celle-ci. 

Quand la recherche est finie, une sirène retentit pendant 30 secondes et un gros bouton rouge clignote. Tant que cette sirène retentit, il n'est pas possible de lancer le faisceau de la cabine. Cette étape permet à toute personne coincée dans la cabine d'appuyer sur le bouton rouge pour en sortir, avant de se recevoir plein de radiations dans la figure.
Si personne n'a réagit à l'intérieur de la cabine, l'utilisateur peut alors ouvrir les obturateurs avec des lignes de commande dans l'interface informatique de la cabine de contrôle. Tout se manipule via cette interface, notamment TOUS les moteurs. Les utilisateurs doivent donc connaitre les noms de tous les moteurs qu'ils utilisent (on ne déplace rien manuellement une fois que c'est fixé à l'ensemble).

Cette procédure doit être effectuées à chaque fois qu'on veut réaliser une mesure. Pour une sécurité optimale, tous les éléments du circuit de sécurité sont dédoublés. Il y a deux sirènes, deux retours de porte, deux lampes, deux gros boutons rouges, ... Et les deux exemplaires de chaque élément doivent être fonctionnels pour que la cabine se ferme. Si un des deux éléments est défaillant, il est impossible de compléter la procédure et il faut alors contacter la salle de contrôle pour résoudre le problème.


Salle de contrôle de l'anneau à l'ESRF

Me 09/07 : Quand on manque d'attention

La troisième journée de cours (et dernière de la semaine) nous a vus arriver presque en retard dans l'amphi. Problème de transports en commun : il pleut, alors les gens ne prennent plus le vélo mais la voiture ou le bus. Résultats : les bus pleins de s'arrêtent plus et, quand vous réussissez à monter dans l'un d'eux, le trajet prend des heures à cause du trafic et d'un embouteillage sur le pont juste devant notre résidence. Pas de chance. Nous sommes arrivés essoufflés, après un court jogging matinal, mais à l'heure.


Le premier cours de la journée concernait l'interaction des neutrons avec la matière. D'après mon cahier de cours, je peux vous dire que j'étais très attentive et très complète lors de ma prise de notes. Par contre, deux semaines après, je ne me souviens plus dans les détails de quoi il était question. Mais j'y ai appris plein de trucs, ça je m'en souviens ! En gros, les neutrons permettent de sonder la position des atomes dans une structure, mais également leurs moments magnétiques (comme je vous le disais dans l'article précédent). Le conférencier a commencé son cours avec l'historique de la découverte et de l'utilisation des neutrons, puis il a passé en revue les propriétés de cette particule, ce qui a débouché sur les interactions des neutrons avec la matière. Et, toujours, comme dans la plupart des cours, les comparaisons avec les rayons X. Ca permet de cibler les différences et les avantages des deux faisceaux, et de prêcher un peu pour sa chapelle.

Les isotopes donnent aussi des réponses différentes en neutron !
Ce que j'ai principalement retenu de ce cours : l'intensité de l'interaction du neutron avec les atomes ne suit pas une croissance définie comme les RX. En plus détaillé, la "force" de l'interaction des RX avec les atomes dépend du nombre atomique de ces derniers. Ainsi, plus l'atome est lourd et plus sa réponse aux RX sera grande. Ce n'est pas le cas pour les neutrons. Ca semble évoluer de manière aléatoire et (après question de Pentanal ici présente) on nous a expliqué qu'il n'était pas possible de prédire avec un modèle théorique quelle sera la réponse de chaque atome. La connaissance de "l'intensité" de l'interaction est donc empirique (c'est-à-dire extraite des résultats des expériences et pas calculées avec un crayon et un papier). Le calcul théorique de ces réponses individuelles demande de descendre au niveau subatomique et de prendre en compte toutes les petites interactions. Ce qui est très long.

La pause café, ayant lieu au milieu du cours, nous a permis de poser encore plus de questions au conférencier. Il faut vous imaginer le cercle d'étudiants autour du prof, écoutant attentivement les réponses. Parfois, quand un étudiant pose une question, d'autres se rapprochent pour écouter la réponse car cela les intéresse aussi, et s'ensuit alors une discussion à plusieurs. C'est très intéressant. Dans ce cas-ci, le prof a déclaré, face à toutes ces questions : "il va me falloir 3h alors :P".


Le cours a repris après la pause café.  Cependant, un truc dommage est à signaler, qui est bien illustré avec ce conférencier-ci, mais qui s'est également produit avec d'autres personnes. Les conférenciers prévoient des cours touffus et bien intéressants. Mais ils n'ont pas le temps de les terminer. Soit ils tracent sur la fin car ils sont pris par le temps, soit ils s'arrêtent simplement à un sous-chapitre. Personnellement, je serai très intéressée d'avoir un cours posé pour la fin de la matière aussi, même si je comprends que les gens souhaitent respecter les horaires (surtout après le retard du premier jour ... Je me demande d'ailleurs si une note n'est pas passée pour avertir les conférenciers suivants de faire attention à la montre). Mais bon, c'est vrai qu'il faut aussi du temps pour les questions des étudiants, puisque les organisateurs souhaitent qu'on soit actif... mais on manque de plus en plus d'inspiration.  Dans le cas de ce cours ci, toute la partie concernant les propriétés magnétiques et les interactions magnétiques des neutrons a été tronquée ou accélérée, et c'est dommage car c'est la partie la plus mystérieuse ...

Juste après la pause de midi (dans cette formidable cantine), les étudiants de l'ESRF (dont moi) ont dû suivre une formation de sécurité spécifique aux beamlines : ce sujet sera traité dans un autre article, comme pour les visites.

Le cours de l'après-midi concernait l'interaction des RX avec la matière, donc les principes sur lesquels s'appuie l'ESRF. J'aurais dû être attentive à ce cours, puisqu'il concerne directement l'endroit où je suis affectée, et aussi parce que je ne suis pas encore trop à l'aise avec ces notions. Malheureusement, la digestion a encore frappé et a considérablement réduit ma concentration. De plus, le conférencier avait un fort accent italien et, dans ma tête, ne cessaient de résonner des "pizzeria, mozzarella, spaghetti" ... 
Heureusement, à l'heure où je vous écrit, j'ai reçu les dias du cours et je vais pouvoir bosser ça correctement :) (surtout que je n'ai aucun souvenir pour certaines d'entre elles). Je me souviens juste qu'on a parlé de lunettes de cinéma 3D et de lunettes de soleil polarisées. 

C'est tout de même dommage de ne pas avoir profité de la plus value des deux heures de cours. C'est à cet événement-ci que je fais référence quand je vous dis de nombreuses fois que je n'ai pas été assez attentive aux cours de la première semaine. Vu que je vous écris ceci deux semaines après les faits, je peux vous assurer que j'ai été bien concentrée aux cours des semaines suivantes et que je ne me suis pas laissée avoir (facile : plus de cours l'après-midi,  donc la digestion, c'est réglé !).

Ma 08/07 : L'instrumentation de l'ILL

Visite du jour : partie sur la gauche des piscines, qui les encercle.

Le mardi, après le cours de l'après-midi (où nous nous étions transformés en de grosses larves ambulantes pour cause de digestion capricieuse), nous avons pu visiter l'instrumentation de l'ILL, à savoir le niveau "inférieur" (le gros rez-de-chaussée quoi) du bâtiment en forme de dôme. A cet étage, on est au même niveau que le réacteur et que les tubes de faisceau qui en sortent pour aller aux différentes expériences. 

A nouveau, pas de photos autorisées, je serai donc contrainte d'illustrer cet article avec des images d'ailleurs. 
La première étape de notre visite consistait, comme la veille, à préparer les badges nous garantissant l'accès à la zone des instruments. Nouvelle procédure obligeant, cette étape a pris au moins 3 mois. Bon, j'exagère évidemment, mais c'était assez long car la secrétaire devait encoder les badges un par un. Nous étions 18. Et nous n'avons même pas eu de jolies combinaisons vertes pour nous distraire, ni de charlottes. 

Une fois que chacun a reçu son badge (et quelques uns des dosimètres, la sécurité, toujours !), nous avons enfin pu entrer dans la zone. A nouveau, il a fallut passer un sas pour la pression. Mais cette fois-ci, nous sommes restés ensemble, et pas en deux groupes. Nous avons donc eu droit à un sas gigantesque, suffisamment grand pour faire entrer un éléphant king size à l'intérieur. C'était encore plus impressionnant.

Et à l'intérieur, ça ressemble à ça (cliquez pour agrandir)
Les guides pour la visite de l'instrumentation à l'ILL étaient le conférencier qui venait de nous donner cours et le responsable de l'organisation de l'école d'été, côté ILL. Même si je n'en ai pas tout retenu et que je ne saurai vous retranscrire que des bribes, cette visite était vraiment très intéressante et fascinante.
Tout d'abord, le fait de se trouver au même niveau que le réacteur est conceptuellement impressionnant. Quand vous vous trouvez dans cette zone, il est difficile d'imaginer que le réacteur se trouve juste derrière cette immense paroi centrale en béton, si si, il est là, juste devant votre nez ! En plus de la proximité du réacteur, un truc qui m'a fascinée est l'infrastructure du bâtiment. Il a des câbles/des passerelles/des conduits d'aération/des grues/des instruments/des échelles partout, dans un fouillis totalement organisé. Je suis bouche bée quand je pense au moment où il a fallut construire le bâtiment et penser à tous ces éléments, tous ces petits détails à prévoir et à introduire dans la structure. C'est un travail de fourmi, un travail de fou !

Et derrière le béton central ... le réacteur !
Au niveau de l'instrumentation au neutron, contrairement à l'instrumentation aux RX, les zones d'analyse où se trouvent les détecteurs ne sont pas complètement cloisonnées. Il s'agit juste de labyrinthes en bétos qui permettent d'accéder aux détecteurs pour la manutention ou le placement de l'échantillon, tout en garantissant que les usagers à l'extérieur des cloisons ne soient pas touchés. Certaines expériences ont directement lieu dans le bâtiment du dôme, pour celles qui nécessitent de mesurer les neutrons directement à la sortie. Ce sont les expériences pour lesquelles on ne peut pas se permettre de transporter les neutrons sur des longues distances. Pour tout le reste, les beamtubes conduisent les faisceaux de neutrons à l'extérieur de ce bâtiment, dans deux bâtiments annexes où se trouvent la plupart des instruments.

Plan des beamtubes autour du coeur du réacteur
Pensant, pendant la visite, aux images que nous avions vues des beamtubes (pointant dans la zone du réacteur mais pas directement vers celui-ci), je me suis alors rappelé une de mes questions, que je me suis empressée de poser à notre guide. Dans cet ensemble de beam tubes, un ne pointe pas du tout vers le détecteur puisqu'il se contente de traverser la zone, fermé (en mauve sur l'image). Ce tube ne collecte pas les neutrons mais des rayons gamma. Les neutrons frappent en effet la paroi du tube (dans un matériau que j'ai oublié) et les atomes qui composent la paroi se relaxent ensuite en émettant des rayons gamma, qui peuvent être utilisés pour une autre catégorie d'analyses.
Autre chose à propos des beamtubes : je me demandais également en quoi étaient faites les ouvertures des tubes (l'endroit où le neutron rentre en bref ... parce qu'il faut quelque chose de transparent au neutron mais assez balèze pour résister aux conditions voisines, selon ce que j'imaginais). Je ne garantis pas la justesse de cette information (ma mémoire me fait défaut), mais il s'agirait de fenêtres en aluminium qu'il faut remplacer "régulièrement" car l'impact constant de neutrons transforme l'aluminium en silicium (ou vice versa, c'est là que la mémoire flanche). Ce n'était pas connu avant de monter le réacteur scientifique, mais ce n'est pas grave car c'est totalement remplaçable. C'est ça qui est bien avec les réacteurs scientifiques : tout est remplaçable, donc la durée de vie de l'installation est théoriquement infinie (mais bon, concrètement, à part les murs, on change tout :P ).

Désintégration du neutron
Puis, en vrac, quelques informations à propos des neutrons : les neutrons libres (c'est-à-dire ceux qui ne sont pas dans le noyau des atomes, qui évoluent librement sans compagnons) n'ont qu'une durée de vie de 15min. La durée de vie des neutrons est mesurée notamment avec les expériences de neutrons ultrafroids dont je vous parlais dans un précédent article. Après ces 15min, ils se dégradent en protons et autres particules élémentaires. Je me demandais également en quoi il était important de se protéger des neutrons. Je me doutais bien, intuitivement, que ça ne devait pas être folichon, tout en étant incapable sur le moment de faire un lien immédiat (contrairement aux RX, par exemple). Et bien, ce n'est pas tellement le neutron en lui-même qui est dangereux, mais les réactions qu'il fait avec les isotopes de notre organisme. Il transforme certains de ces isotopes en éléments instables qui se relaxent en émettant des rayons gammas (et peut-être des particules alpha, ce qui est encore moins joyeux, mais je ne suis pas sûre de celui-là). Ce sont donc les effets "secondaires" du neutron qui sont néfastes.

Retour sur quelques souvenirs de la visite de l'installation. 
Tout d'abord, le réacteur a redémarré après son arrêt prolongé de 11 mois pile pendant qu'on réalisait notre visite. Ce n'était pas très rassurant d'entendre une sirène, suivie du message "Divergence du réacteur, divergence du réacteur" ... Keskispass m'sieur ? Pas de panique, ça veut juste dire qu'il y a une réaction nucléaire en chaine dans le réacteur. Quelques minutes plus tard, une autre sirène nous annonçait que le réacteur avait atteint sa vitesse de croisière. Alors qu'on était à 10m peut-être. Impressionnant.

Le cercle est le dôme où se trouve le réacteur. La plupart des expériences se déroulent dans les bâtiments annexes.
Ensuite, quelques expériences qui sont réalisées là. Nous sommes passés devant un dispositif qui permettait de réaliser des études sur le magnétisme des matériaux (puisque le neutron possède un spin de 1/2, il est un excellent outil pour étudier le magnétisme, surtout lorsque le faisceau de neutrons est polarisé pour posséder une seule valeur de spin, c'est-à-dire +1/2 ou -1/2). Le détecteur est entouré de plexiglas, pour "protéger l'utilisateur des hauts champs magnétiques qui sont présents". Nous avons conclu avec les autres étudiants que la protection était assurée simplement parce que l'utilisateur ne sait pas aller plus près que le plexi. Parce que bon, le plexi pour faire bouclier magnétique, c'est très très moyen. 
Mais je n'ai pas tout bien suivi à cet instrument car nous étions en émoi : un des deux guides venait en effet de nous dire que les expériences sur les neutrons froids avaient permis de mettre en évidence les niveaux quantiques de la gravitation. Pardon ? Pardon ? Niveaux quantiques, d'accord, mais de la GRAVITATION ? Eh oui, apparemment, ça a été publié par l'ILL en 2007, ou dans ces eaux-là. Nous étions très impressionnés et secoués par cette révélation.


Je conclurai cet article en vous disant encore une fois que cette visite était très intéressante. On pouvait vraiment échanger avec les deux guides et surtout avec les étudiants, sur les différents sujets et avec les regards variés de nos formations diverses (physiciens, chimistes, nanosciences, sciences des matériaux, ...). J'en garde un très bon souvenir. :)

jeudi 17 juillet 2014

Ma 08/07 : L'instrumentation de l'ESRF

Juste après la pause café, nous sommes allés visiter l'ESRF avec le conférencier du cours précédent (concernant l'instrumentation des rayons X). Nous avons du changer de bâtiment : les cours sont donnés dans un amphithéâtre de l'ILL qui se trouve juste à côté du réacteur et de l'instrumentation de neutrons, tandis que l'anneau de l'ESRF, toute l'instrumentation qui le concerne ainsi que les bureaux relatifs à cette installation, sont dans un bâtiment séparé.


Nous sommes rentrés par les bâtiments administratifs qui sont tous beaux et tous propres, vraiment très claaaaasse et pro. L'allée centrale du bâtiment accédant au synchrotron en lui-même contient des maquettes du synchrotron et de son principe de fonctionnement. On s'y est arrêté un moment pour illustrer l'instrumentation de l'ESRF avant de rentrer dans le vif du sujet.
Une des maquettes en question

La zone de l'anneau de stockage, ou anneau de garde, n'est pas accessible lorsque le faisceau est en fonctionnement car les radiations y sont bien trop élevées. Nous ne sommes pas allés voir l'anneau de garde en lui-même. Le composition du bâtiment circulaire qu'on aperçoit sur toutes les photos est la suivante (de l'intérieur vers l'extérieur) : anneau de garde, beamlines, bureaux sur deux étages. Le tout étant également composé de nombreuses passerelles.



Nous sommes entrés dans le bâtiment contenant les beamlines par la passerelle qui sert de 1er étage et qui suit la circonférence du bâtiment. A cet endroit, une autre passerelle traverse la largeur de l'anneau pour rejoindre son centre et se rendre directement vers l'accélérateur (il permet d'accélérer les électrons produits par une source pour ensuite les injecter dans l'anneau de garde quand ils ont acquis la bonne vitesse). Les beamlines sont toutes composées d'au moins trois cabines blindées en plomb. Ca ressemble à de gros containers blancs et ça donne à l'ensemble une petite allure de dock. La première cabine, située juste à l'entrée du faisceau, est la cabine optique où on sélectionne les caractéristiques voulues pour le faisceau. La seconde est la cabine expérimentale où sont placés lentilles, échantillons, détecteurs et autres dispositifs pour maintenir l'échantillon dans un certain environnement (refroidir jusqu'à 4K, chauffer jusqu'à 900K, travailler sous flux de gaz, en appliquant des contraintes mécaniques, ...). Enfin, la troisième est la cabine de contrôle où l'utilisateur manipule les instruments via une interface (tous les éléments possèdent des moteurs qui ne peuvent être commandés que depuis la cabine de contrôle), collecte les données, définit les paramètres, ouvre ou ferme le faisceau, ...

Pour rappel ...
Toutes les cabines contenant des RX doivent être fermées correctement lorsque le faisceau est enclenché, pour éviter toute fuite de rayons X hors des cabines. Le processus de sécurité permettant de s'assurer que personne ne reste dans la cabine lors de l'utilisation est bien défini et vous sera expliqué dans le cadre de la formation de sécurité sur les beamlines.

A la gauche de la passerelle
Et à sa droite (cliquez pour agrandir !)
Ca, c'était pour la partie un peu technique, afin que vous sachiez plus ou moins comment ça s'organise. Visuellement, et comme pour le réacteur, le bâtiment est immense et on ne s'imagine pas que c'est comme ça. La zone des beamlines est très haute de plafond et, vu du 1er étage, comprend tous ces caissons (de la taille d'un conteneur) alignés autour de l'anneau de garde. L'ambiance est très jaune mais la lumière est confortable. Le bruit des différentes machines est omni-présent, comme un vrombissement sourd (et parfois moins sourd) en arrière-plan. C'est tout aussi impressionnant. Et j'ai retrouvé les petits cousines de la grue jaune du réacteur, disséminées un peu partout autour de l'anneau. 

Notre guide, après être entrés là-dedans et nous avoir montré la salle de contrôle (dans le couloir des beaux bâtiments chics administratifs), a encore passé un moment à discuter des éléments de l'anneau de stockage, qui sont présentés sur une petite plateforme dans la zone des beamlines. Il y a des "bending magnets" (aimants permettant de dévier le faisceau pour garantir une trajectoire en boucle et l'émission de rayons X), des aimants servant à focaliser le faisceau sur des portions rectilignes et des dispositifs dit "d'insertion" dans lesquels les électrons produisent aussi des faisceaux de rayon X, mais de meilleure qualité. Le synchrotron n'est donc pas un cercle parfait mais un polygone à 30 côtés environ, c'est un ensemble de sections droites reliées entre elles par des "bending magnets". 

Dispositif d'insertion
La grosse machine
Après cette petite présentation, nous sommes descendus de la passerelle qui sert de premier étage et nous nous sommes rendus dans les nouveaux bâtiments où sont mises en place les nouvelles beamlines, plus performantes, offrant différentes possibilités, etc. Il y a deux bâtiments supplémentaires à l'anneau qui y sont consacrés, nommés "Belledone" et "Chartreuse" en fonction des massifs montagneux vers lesquels ils pointent. Dans le bâtiment "Belledone", nous avons notamment pu apercevoir un immense dispositif, écrasant, qui permet de déplacer l'échantillon autour d'un axe dans le plan du sol. Ce dispositif est extrêmement massif pour permettre de stabiliser l'échantillon et le détecteur car les analyses qui y sont réalisées sont très sensibles. Pour déplacer le dispositif (qui doit peser au moins ... plein d'éléphants), rien de plus simple : des airpads dans lesquels on injecte de l'air comprimé permettent de le soulever de quelques µm (si je ne me trompe pas) et de le faire glisser manuellement (en le poussant, simplement) le long d'un chemin en granite poli. C'est monstrueux.

Nous sommes aussi passés dans quelques beamlines je pense, mais ça ne m'a pas autant marqué. D'autant plus que le guide commençait parfois à expliquer des trucs alors qu'on était toujours au loin, donc j'ai dû rater de l'info. De toutes façons, les beamlines se ressemblent toutes globalement. Pour les différencier, impossible de faire un tour complet tant elles sont variées dans les détails.

Ponçage manuel
Enfin, nous avons également pu visiter le "crystal lab". Dans ce labo, on reçoit des monocristaux de silicium pur pour les découper en pièces utilisées dans l'instrumentation (des monochromateurs, etc). Ces monocristaux font facilement 2 m de long pour un tour de cuisse de large. Je ne sais pas exactement comment ils sont préparés. Une fois arrivés au labo, ils sont découpés avec différents outils et les techniciens mesurent pour chaque morceau la direction de la maille cristalline, qui n'est pas systématiquement orientée le long de la barre de silicium. Puis les éléments sont dégrossis "à la main" avec des ponceuses, pour obtenir la pièce souhaitée dans la direction cristalline voulue. Afin d'avoir une bonne qualité de faisceau, ces pièces doivent ensuite être polies avec une précision atomique (et oui, atomique, je suis toujours aussi ébahie) et cela se réalise avec une solution colloïdale de silice. Il s'agit d'une suspension de minuscules cristaux (de sable) qui permettent de décrocher toutes les aspérités de la pièce. Ce traitement dure environ une semaine.

Le silicium en lui-même est absolument fascinant, surtout lorsqu'il est poli. La couleur des pièces est incroyable, d'un gris-bleuté foncé absolument magnifique. Ca a un charme fou. Et quand la pièce est polie, elle est extrêmement réfléchissante et ça ajoute encore du cachet de voir son environnement se refléter dans ce bleu nuit métallisé envoutant. J'adoooooore cette couleur. J'essayerai de prendre des échantillons en photo correctement, car jusqu'à présent ça n'a pas donné grand chose.
Dernière chose : le silicium monocristallin est aussi très fragile, plus fragile que le verre. Ce qui fait qu'on a parfois des accidents en cours de route. Certains techniciens passent trois semaines à façonner une pièce et, lors d'un des traitements finaux, elle de brise ou se fendille. La pièce est perdue, il n'est pas possible de réutiliser le silicium lorsqu'on est arrivé à ce stade. Ca doit être désespérant.


[Illustrations extraites des différentes pages du site officiel de l'ESRF]

Ma 08/07 : Et l'abonnement de bus ?

Pour la seconde journée de cours, nous avions prévu de nous lever tôt. L'objectif était de se rendre à l'agence de la mobilité pour réaliser nos abonnements de bus mensuels dès l'ouverture (abonnements valables pour tous les bus et trams de l'agglomération). Comme l'agence ouvrait à 7h15 et se trouvait à une certaine distance de la résidence, nous avions convenu de nous retrouver dans le hall de la résidence à 7h. Le réveil a donc été difficile.

Deuxième journée de cours : le programme
La météo était assez agréable, donc pas de soucis humide à déclarer pour rejoindre l'agence. Nous avions précédemment vérifié la localisation de l'agence sur la carte pour être bien sûrs de ne pas avoir, à nouveau, la blague du point de vente qui a déménagé. Et nous avions tous notre photo avec nous. Bref, nous étions prêts jusqu'aux orteils, ça ne pouvait que bien se passer, on allait recevoir nos abonnements avant les cours et arrêter de payer 1,60€ pour chaque trajet.
Oui mais ... C'est une fois arrivés devant l'agence que nous avons eu le plaisir d'apprendre que, durant les grandes vacances et donc les mois de juillet et août, celle-ci n'ouvrait qu'à partir de 9h30. Ha ha ha. Impossible d'avoir nos abonnements à ce moment là bien sûr. La quête était loin d'être terminée ! Changement de plan : nous avons alors prévu de revenir (rapidement) après les cours, en priant pour qu'il n'y ait pas de débordements dans l'horaire et qu'on puisse arriver avant la fermeture du bureau. Puis nous sommes allés à l'ILL à pieds. Ce qui n'a pas semblé long puisque nous étions nombreux et qu'on pouvait papoter.

Cours du lundi : anneau de stockage des électrons
Le premier cours de la journée concernait l'instrumentation des RX. Ce cours faisait directement suite à la conférence du lundi, concernant l'introduction à la radiation synchrotron. Le cours du lundi traitait de l'accélération et du stockage des électrons pour obtenir les rayons X, ainsi que des appareils nécessaires pour faire ça. Le cours du mardi concernait tout ce qui vient "après", c'est-à-dire les manipulations du faisceau de rayons X en lui-même, une fois sorti de l'anneau de stockage. Il discutait donc des beamlines, littéralement "lignes de lumières", de leur structure générale, des instruments qu'on peut y trouver, des détecteurs et de tous les outils utilisés pour manipuler les rayons X (notamment des lentilles convergentes ... ce qui a permis au conférencier d'insister sur ce point : oui, on sait concentrer des rayons X. Il semblerait que tout le monde ne soit pas d'abord sur ce sujet ...). Après ce cours détaillant aussi l'utilité d'un faisceau synchrotron et introduisant brièvement les analyses réalisables avec, nous sommes allés visiter l'instrumentation en elle-même. Comme pour la visite du réacteur, ce sujet sera traité dans un autre article.

Cours du mardi : description des beamlines. Plus de détails à venir dans l'article concernant la visite de l'ESRF
Au temps de midi, il a fallut charger notre badge avec un crédit permettant de payer les plats achetés à la cafeteria. Il s'agit du même badge magnétique qui nous permet, entre autres, de rentrer sur le campus (après vérification et autorisation des vigiles qui contrôlent l'entrée du site) et d'ouvrir les portes des différents bâtiments importants, auxquels nous avons accès dans le cadre de nos projets. Ce badge est donc également chargé avec le crédit qui nous permet de consommer les boissons et la nourriture aux différents points de vente de l'EPN. Je pense avoir déjà discuté de la cantine à un autre endroit, mais elle va me manquer ... Surtout le premier étage et ses options plus "santé", ainsi que les prix (2,30€ pour les étudiants pour 26pts. Tout ce qui se mange est évalué avec un certain nombre de points et on se sert avec la formule de notre choix. Le prix de notre repas est alors transcrit en euros à la caisse, suivant le nombre total de points et les subventions de la catégorie à laquelle on appartient, et déduit du crédit restant).

Après le petit café, retour en cours ! L'après-midi était consacrée à l'instrumentation des neutrons. Je n'ai pas aussi bien suivi cette partie. C'était l'après-midi, juste après le dîner, la digestion avait pris toutes les ressources, et je crois que c'était pareil pour tous les autres étudiants. Nous étions une grosse masse toute endormie, je suis désolée pour le conférencier. J'ai hâte de recevoir les dias pour me rafraîchir la mémoire et me mettre à niveau. Le sujet était à nouveau tout ce qui est instrumentation, détecteurs, outils pour transporter et manipuler le faisceau, mais appliqué au neutron. Je me souviens tout de même avoir appris qu'il était possible de faire des mesures de neutrons en "temps de vol", exactement comme on fait de la spectroscopie de masse en TOF (time-of-flight, traduction de "temps de vol"). Il s'agit de mesurer le temps mis par les neutrons pour parcourir une distance fixe, ce qui donne la vitesse des neutrons et donc leur énergie. Cette manip est intéressante lorsqu'il y a un transfert d'énergie entre les neutrons et la matière, et que l'énergie des neutrons après l'échantillon est donc modifiée (diffraction dite inélastique puisque l'énergie n'est pas conservée). On utilise aussi des "choppers" pour sélectionner les neutrons d'une certaine vitesse et donc d'une certaine énergie. Il s'agit d'une sorte de turbine avec des pales en spirale, qui tourne à une vitesse choisie. Si les neutrons possèdent la vitesse adéquate, ils passent à travers le chopper avec leurs trajectoire rectiligne, sinon ils s'écrasent sur les pales rotatives et ne parviennent jamais à traverser [NB : après vérification, cette description correspond aux sélecteurs de vitesse et pas aux choppers, mea culpa]. La visite de l'instrumentation qui a suivi cette conférence, visite très intéressante et qui nous a un peu réveillés, fera aussi l'objet d'un autre article.

Une fois notre journée de cours terminée, nous avons pu attraper un bus rapidement pour nous rendre au centre-ville. Miracle, l'agence était bien ouverte (comme prévu, mais bon, après notre lot de déceptions, on gardait un certain doute), et tout s'est passé comme sur des roulettes, nous avons enfin obtenu le Saint-Graal, l'abonnement mensuel de bus ! D'ailleurs, il le dit lui-même, hourra ! Puis, de retour à la résidence, une grosse assiette de spaghettis avec de la sauce bolognaise (toute faite) a clôturé la journée en beauté. :)

Lu 07/07 : La visite du réacteur

Après les premiers cours (et un retard considérable dans le planning), nous avons eu droit à la visite du réacteur. Les appareils photos n'étant pas admis dans cette zone, les illustrations de cet article ne proviendront majoritairement pas de mon appareil photo. 

Bon, ok, celle-là vient de mon appareil
Il a fallut monter jusqu'au 4ème étage du bâtiment, qui est de plein pied avec l'étage du réacteur. Sous le dôme où se trouve le réacteur, il y a le "rez-de-chaussée" qui contient toute l'instrumentation où les faisceaux de neutrons sont amenés depuis le coeur du réacteur, et le "1er étage" (de plein pied avec le 4ème des bâtiments administratifs) où se trouve un accès par le dessus au réacteur en lui-même.

Après avoir patienté pour recevoir nos badges de visiteurs (un chacun) nous garantissant l'accès à la zone du réacteur, nous avons dû enfiler de su-per-bes combinaisons vertes (dans différentes nuances suivant leur âge plus ou moins avancé) et des charlottes sur nos chaussures. On ne sait toujours pas à quoi ces dernières servaient, puisque les employés qui travaillent près du réacteur entrent et sortent avec leurs chaussures de travail comme dans un moulin. Il parait que nos charlottes leur permettent d'avoir le nettoyage gratuit du sol ... Bref. On nous a également remis 3 dosimètres pour surveiller les doses de radiations dans la zone.
Après avoir encodé nos badges les uns après les autres, nous nous sommes séparés en deux groupes pour faire la visite de cet étage du bâtiment (l'étage réacteur donc, pas l'étage instrumentation). Première chose impressionnante : l'entrée dans la zone. Le bâtiment du réacteur est en légère sous-pression par rapport à l'extérieur, pour éviter tout problème de fuite. Comme chez Intradel. Sauf que chez Intradel, ils n'ont pas de gigantesques sas pour passer d'un côté à l'autre. Ici, il fallait rentrer dans le sas (pouvant contenir une dizaine de personnes), patienter pendant le processus de régulation, puis la seconde porte du sas se débloquait et nous permettait d'accéder à la zone. Ce sas donne vraiment l'impression surréaliste de rentrer dans un sous-marin. Ah, oui, c'est peut-être tout aussi surréaliste de rentrer dans une installation nucléaire. Bref, on s'y croit, on se sent vraiment dans un film de science-fiction.

Je ne me souviens plus vraiment de l'ordre dans lequel s'est déroulée la visite, alors ce sera probablement en vrac. Avant toute chose, petite description du lieu en lui-même. C'est un gigantesque fouillis. Le plafond est très haut et ce qui a directement attiré mon regard, c'est l'immense grue jaune en plein milieu. Comme le bâtiment est circulaire, la grue est fixée sur le bord de la circonférence interne du bâtiment. Vu du dessus (ou du dessous), il s'agit du diamètre du cercle. Elle permet de déplacer les différents éléments de la zone, les instruments très lourds et autres échafaudages (et je suis certaine que je ne m'imagine pas tout ce que ça peut déplacer). 

La zone en elle-même est un grand fouillis, comme je vous le disais. On n'a pas l'impression que ça fourmille de partout parce que seules quelques personnes travaillent réellement dans cette zone. Mais ils étaient sur le qui-vive pour préparer une nouvelle expérience et mettre tous les éléments en place (avec Madame la Grue) avant le lendemain. En effet, le réacteur était à l'arrêt jusqu'au lendemain pendant une longue durée (11 mois) et il allait être redémarré moins de 24h plus tard. A part les scientifiques (ou ingénieurs ou techniciens, il est difficile de dire quelle est la formation de chacun), il reste quand même un grand bazar à cause des expériences dédiées aux neutrons eux-mêmes et aux neutrons ultra froids. Notre guide, qui est justement responsable de ces expériences, nous expliquait qu'on pouvait jouer tennis en toute tranquillité dans la zone tant c'était dégagé il y a quelques années. Maintenant, je crois qu'on peut caser deux tables de ping pong. 
Deux choses à expliquer à ce stade. Tout d'abord, les neutrons ultra froids. Il faut bien s'imaginer que, sur ce premier étage, on se trouve 14m au-dessus du réacteur (enfoui sous d'immenses piscines, j'y reviendrai). A proximité du réacteur, plusieurs "beamtubes", littéralement "tubes de faisceau" qui permettent de transporter les neutrons vers l'extérieur, sont placés, mais à une certaine distance du coeur et sans pointer directement vers lui (pour éviter de capter les neutrons trop énergétiques). Alors que la plupart des beamtubes sortent de manière horizontale du réacteur vers les instruments situés au "rez-de-chaussée", un des tubes remonte directement au premier étage, le long des 14m. Cela permet de refroidir les neutrons, c'est-à-dire diminuer leur énergie, lorsqu'ils doivent lutter pour remonter contre la gravitation. Ca permet d'obtenir, in fine, des neutrons ultra froids. La suite du processus, je ne l'ai pas encore bien comprise.

Coeur du réacteur. Les lamelles sont le fuel, source de neutrons.
Ensuite, les expériences sur le neutron en lui-même. Le neutron est une particule non élémentaire (c'est-à-dire qu'elle peut encore être décomposée en différentes particules, dans ce cas-ci un quark up et deux quarks down), neutre. Elle ne possède pas de charge nette. Cependant, la théorie prédit qu'il existe un moment dipolaire électrique non nul pour le neutron. Donc, bien que le neutron soit globalement neutre, il devrait exister une séparation des centres de charge positive et négative non nulle. Et pour pouvoir observer ce moment dipolaire non nul mais infiniment petit, il est indispensable d'utiliser le faisceau de neutrons le plus puissant au monde. C'est l'objet de ces recherches sur le neutron en lui-même. Et on n'y est pas encore arrivé. Ceci me permet également de vous dire que les grands instruments, que ce soit l'ILL ou l'ESRF, sont régulièrement coupés pendant de longues durées pour des entretiens ou des mises à niveau du matériel, histoire de rester à la page. L'ILL était le meilleur faisceau de neutrons il y a 40 ans, et il le reste encore aujourd'hui.

Retour à la visite ! Nous avons commencé par voir une pièce complètement blindée qui permet de désosser les vieux composants totalement irradiés, que ce soit du combustible ou des pièces en contact plus ou moins direct avec les radiations. Les éléments à découper entrent par une trappe ou via un conteneur en plomb très épais. On peut alors découper la pièce à l'aide de pinces et autres grappins commandés depuis l'extérieur. Quand tout est découpé, retour dans le conteneur en plomb pour être évacué en déchets contrôlés.
Notre guide nous a aussi emmené dans les différentes plateformes présentent à cette étage. Un point en plus à ma description : à part le sol, les murs extérieurs, le plafond (et la pièce à découpe), rien n'est "en dur". Il s'agit d'échafaudages, de plateformes, de passerelles, le tout formant un ensemble extrêmement flexible puisqu'il s'adapte constamment à l'expérience en cours et à la disposition des instruments. En effet, à cet étage, il est indispensable de concevoir et de mettre en place les différents éléments pour une expérience donnée. Et il faut tout démonter et reconstruire si l'expérience change.
La grille (voir plus loin). Le bleu, on ne l'a pas vu.
Après la visite des différentes plateformes temporaires, le réacteur ! Bon, à cet étage là, on ne voit pas directement le réacteur, mais juste les piscines. Les piscines rectangulaires partent du centre du bâtiment (où se situe le réacteur) vers le bord extérieur de celui-ci. Il y a deux piscines visibles, toutes deux remplies d'eau classique. La piscine la plus à l'extérieur permet de stocker des anciens combustibles en attente de découpe, et autres. On pouvait même voir un faible effet Cerenkhov, le fond de la piscine étant teinté d'un beau bleu. La piscine "centrale", c'est-à-dire celle donnant accès au réacteur, ne possédait pas cet éclat bleuté, puisque le réacteur était à l'arrêt lors de notre visite. Par contre, on pouvait apercevoir les tubes nécessaires pour les neutrons ultra froids ainsi qu'une grille circulaire donnant accès au réacteur. En dessous de cette grille, une troisième piscine. Celle-là est constituée d'eau lourde, D2O, et entoure directement le réacteur et les beamtubes. Le choix de l'eau comme blindage autour et au-dessus du réacteur permet de descendre aisément dans la zone du réacteur (lorsqu'il est à l'arrêt) pour y faire des travaux de maintenance, comme changer les ouvertures des tubes, en retirant simplement l'eau (et pas en enlevant d'immenses plaques de plomb qu'on doit sceller à nouveau après).

J'aurais encore des tas de choses à raconter sur la visite du réacteur, je suis certaine d'oublier plein de trucs. Mais je fatigue, cet article est déjà suffisamment long et je compte sur vous pour me poser des questions si quelque chose vous interpelle ou si vous voulez en savoir plus. Je terminerai simplement la visite par la procédure de sortie du bâtiment. On a d'abord jeté nos charmantes charlottes dans une poubelle placée à l'intérieur de la zone en sous-pression (utilité : zéro), puis on est tous ressorti par le sas. Une fois à l'extérieur du sas, nous avons dû passer un à un dans un détecteur pour vérifier que nous n'étions pas contaminés. Cela consiste à rester debout dans la machine adéquate, les mains dans des fentes prévues à cet effet, et à patienter quelques secondes le temps de la mesure. 
Que ce soit à l'ILL ou à l'ESRF, on ne rigole pas avec la sécurité. Dans les deux installations, plusieurs détecteurs sont utilisés en permanence pour vérifier le niveau de radiations. Le niveau maximal toléré est 4µs/2h, ce qui correspond, en multipliant cette valeur pour un an, à la dose de radiations qu'on reçoit lorsqu'on fait une radio des os. Il s'agit en fait du barème maximal autorisé en France pour les travailleurs n'étant pas destinés à être à proximité de radiations, c'est-à-dire l'homme de tous les jours, vous et moi.

A demain, pour la suite des épisodes ! (je n'ai plus de lessives ou de vaisselles à faire, donc je devrais être disponible pour vous raconter la suite des aventures ;-))

lundi 14 juillet 2014

Lu 07/07 : Première journée de cours

Réveil pluvieux sur Grenoble pour la première journée de cours. Nous nous sommes retrouvés dans le hall d'entrée de la résidence pour rejoindre l'arrêt de bus. Chacun devait acheter son propre billet. Nous avons prévu d'aller acheter notre abonnement mensuel de tram/bus l'après-midi après les cours. Je ne me souviens plus exactement si nous étions arrivés en retard ou tout juste à l'heure, mais je suis certaine que certains sont arrivés pendant le mot de bienvenue. Ca n'a pas été bien vu. =S

Programme de la 1ère journée
Comme je le disais, nous avons d'abord eu droit à un nouveau mot d'accueil au début de la journée de cours. On nous a également vivement recommandé d'être actifs, de participer, de poser des questions durant les cours, parce qu'ils considèrent que ce n'est pas intéressant de donner les cours en aller simple. C'est très intéressant en théorie, mais plus compliqué en pratique : en fonction des différents conférenciers, les questions viennent difficilement. Soit parce que le cours est très clair et qu'il n'y a rien à ajouter, soit parce que c'est du déjà vu et tout est compris, ou encore parce que le cours est tellement nouveau par rapport à ce qu'on a déjà vu qu'on ne sait pas par quoi commencer tant il y a de questions.
Globalement, durant les trois premières journées de cours, je me suis quand même débrouillée pour participer avec quelques questions pertinentes quand j'en ciblais certaines. Parfois, le prof y répondait naturellement dans la suite de son cours et donc ça tombait à l'eau, parfois pas. Il y a aussi certains cours où je suis plutôt déçue de moi car je n'ai pas été très attentive. Je ressens ça comme un grand gâchis de ma part. J'espère pouvoir me rattraper sur la plus-value des cours avec les présentations powerpoint qui nous seront données par la suite. En tous les cas, j'aborderai mieux les cours suivants en étant plus concentrée et dans le mouvement ! 

Le conférencier traitant de la production des neutrons donnait un cours très agréable à suivre, bien que je ne m'en souvienne pas dans les moindres détails. C'est notamment à ce cours là que nous avons comparé les réacteurs nucléaires à vocation énergétique contre ceux à vocation scientifique, ce qui a débouché sur la métaphore avec la cocotte minute et le jacuzzi. Nous avons également appris l'intérêt indispensable des modérateurs dans les réacteurs nucléaires pour obtenir des réactions en chaine contrôlées et donc une réaction auto-entretenue. Ce cours a été suivi d'une pause café où, surprise, des pâtisseries et des boissons étaient offertes. Ce jour-là, il s'agissait de petits choux sucrés. Puis, nous sommes allés visiter le réacteur nucléaire, mais je traiterai de ce sujet dans un autre billet.

Après la visite du réacteur, nous sommes tous allés manger à la cafeteria. Chaque jour, six plats différents sont proposés : 3 plats "santé" qui sont servis à l'étage et 3 plats plus "classiques" servis au rez-de-chaussée. Chacun choisi son étage et on peut tous se retrouver ensuite pour manger ensemble. En plus des plats proposés (qui changent chaque jour), on peut également se servir de crudités (fruits et légumes), de salades fraîchement préparées ou de desserts. Il y a également la possibilité de boire un (petit) café ou un chocolat chaud dans une annexe du bâtiment à la fin du repas. Les plats sont globalement bons et intéressant. Ca reste une cantine malgré tout, mais la Rolls de la cantine.

L'après-midi était dédiée à des formations de sécurité et des formalités administratives. La première formation concernait le service informatique. Apparemment, au sein de l'ESRF, il n'est pas possible d'utiliser des Mac ou des dual boot. Dans quel monde suis-je tombée, au juste ? Mais bon, la dame présentant le service informatique ne connaissait pas les machines virtuelles, donc je me méfie concernant la véracité de l'information ...
Goodies ! :D

Les 9 étudiants affectés à l'ESRF (dont moi. Il y a 9 étudiants à l'ILL et 9 à l'ESRF) ont ensuite reçu une formation générale de sécurité, concernant les procédures en cas d'incendie ou d'autres pépins. Nous avons appris à cette occasion qu'il était strictement interdit de retirer des pièces du blindage des lignes de lumière ou de forer des trous dans les blindages en plomb des différentes cabines. Logique me direz-vous. Mais là, ça atteint des proportions énormes : il y a littéralement sur TOUS les panneaux de plomb (et par panneau, j'entends un pan de 2m sur 3m) une étiquette rappelant qu'il est interdit de forer des trous dans les parois. Ce qui fait qu'il y a une vingtaine d'étiquettes par cabine. C'est suspect cette histoire, ils ont dû avoir le problème un jour pour qu'ils insistent autant ... A la fin de cette formation de sécurité, nous avons reçu des goodies pour nos badges, qui nous assurent maintenant un avantage sur les physiciens de l'ILL : eux n'ont pas la petite bobine rétractable bien pratique :D

Après ces formations, est arrivé le fun des formalités administratives et des nombreux papiers à remplir. Bon, d'accord, il n'y en avait que 4, mais c'était franchement obscur. Nous, pauvres étudiants, ne sommes pas initiés aux arcanes sombres de l'administration française ! C'est à cette occasion qu'il a fallut se renseigner pour une histoire d'assurance complémentaire de santé, couverte par la mutuelle, pour laquelle il fallait une preuve d'affiliation à la-dite mutuelle. Breeef ... Ces formalités ont pris fin à un moment et nous avons pu nous rendre au dernier cours de la journée. Les autres étudiants (ceux de l'ILL), n'avaient que les formalités administratives à réaliser. Ils ont des formations différentes, n'ont pas les goodies, mais doivent faire une prise de sang avant de commencer leurs manip.

Une fois la journée de cours terminée, les aventures ne font que continuer ! Il a d'abord fallut prendre des photos pour l'abonnement de bus. C'était le début d'une quête épique pour obtenir l'abonnement. Tout d'abord, trouver un photomaton. Ce fut chose faite à la gare. Ensuite, trouver un mode de paiement. J'ai couru dans toute la gare pour trouver quelqu'un qui accepterait de changer mon billet de 20€, la machine ne rendant pas la monnaie, pendant que les autres prenaient leurs photos, pour m'apercevoir que je pouvais payer par carte bancaire. Puis prendre la photo. Bon, c'est un photomaton quoi. Ici, je n'ai pas l'air d'un bandit, mais plutôt de ne pas avoir dormi pendant 3 semaines. Mais l'histoire n'est pas finie, car il fallait encore trouver l'agence ! Le temps de tomber dessus (car il y avait un ancien point de vente près de la gare, mais il a déménagé, feinte !), on avait largement dépassé l'heure de fermeture. Nous avons donc planifié de nous rendre le lendemain à partir de 7h15 à l'agence (heure d'ouverture des guichets). Entre-temps, la pluie s'est à nouveau mêlée à la fête.

De retour à la résidence, les aventures ne sont pas encore terminées. Vous vous souvenez du frigo ? Je vous avait dit qu'on y reviendrait. En voulant préparer mon sandwiche le soir, je sors ma salade lavée que j'avais soigneusement conservée pour la mettre sur mon sandwiche. Mais elle avait vraiment une drôle de tête, elle semblait toute sèche. Grave erreur ! Elle était en fait ... gelée, mon frigo allant beaucoup trop fort. C'est ainsi que j'ai du faire mes adieux à la salade et à mon concombre. Quelle tristesse.

Dim 06/07 : Welcome buffet

Je n'ai pas vraiment de photos pour illustrer cet article, alors ça risque d'être uniquement du texte. :)

J'étais un peu inquiète avant d'aller à la réception de bienvenue, me demandant, je vous le rappelle, si les autres étudiant seraient sympas, si on s'entendrait bien, si le courant allait passer, etc ... Ce qui allait quand même changer considérablement le ressenti du séjour. Pas de suspense : le groupe est très bien, on s'entend bien, c'est assez dynamique et plein de franche rigolade. 

J'allais donc à la réception avec un peu d'appréhension (légère, je vous rassure). A l'arrêt de bus, quelques étudiants attendent, qui participent probablement à l'école d'été. Etant un peu refroidie depuis mon identification ratée avec le brésilien, j'ai décidé de me tenir à une certaine distance le temps de voir ce qui se passe. Puis les gens ont commencé à se présenter entre eux, ce qui m'a permis de me rapprocher pour m'inclure dans le groupe. Ils avaient l'air sympa :)
Dans le bus, nous avons eu la chance de tomber sur une post-doc qui travaille à l'ILL et qui nous a guidé au bon arrêt de bus jusqu'à la nouvelle entrée du campus, sans quoi nous nous serions probablement perdus. A l'entrée du site, il a fallut réaliser nos badges pour avoir accès au campus. Chacun à son tour, nous avons eu l'occasion de nous faire prendre en photo pour décorer le badge. Les photos sont tellement réussies qu'il ne manque plus qu'un panneau "WANTED" pour confirmer que nous avons bien cambriolé une banque la semaine passée.

Pendant ces formalités administratives, d'autres participants sont arrivé et ont également dû réaliser leurs badges. En s'attendant tous durant la procédure, c'était l'occasion de faire brièvement connaissance et de savoir qui venait d'où et qui étudiait quoi. Nous sommes rapidement arrivés à la conclusion que tous les physiciens étaient affectés à l'ILL (réacteur nucléaire pour produire un faisceau de neutrons) tandis que tous les autres étaient affectés à l'ESRF (anneau de stockage d'électrons accélérés pour produire des rayons X). Il ne nous a pas fallut longtemps pour élaborer une blague récurrente concernant la secte des physiciens et la discrimination qui est appliquée aux deux groupes. En effet, les étudiants de l'ILL ont un badge "full access" tandis que les étudiants de l'ESRF ont un accès restreint.

Allez, une petite vue de la Chartreuse pour votre peine ...
Quand nous avons tous reçus notre badge, nous avons pu nous rendre à la cafeteria pour le buffet d'accueil, toujours accompagnés de notre guide improvisé. Il a fallut trouver le bon bâtiment pour l'accueil. Une fois arrivés au bon endroit, nous avons été accueillis par tours les organisateurs de l'école d'été et par tous les tuteurs présents. Ce qui impliquait de serrer beaucoup de mains.
Nous avons été directement invités à nous servir à boire, comme il faisait très chaud ce jour-là. Puis nous avons eu un petit mot du directeur général de l'ESRF et l'ILL (si j'ai bien tout suivi). Il s'agissait d'un petit mot de bienvenue pour nous accueillir et nous expliquer que cette école d'été était en fait une première expérience pour eux. Il s'agit de la première fois qu'ils organisent une école d'été pour les étudiants non diplômés et ils attendent de nous qu'on leur communique nos impressions concernant l'organisation. Je comprends un peu mieux pourquoi tous les frais sont payés pour cette école d'été. Mais juste un peu, parce que ça me semble toujours trop irréel.
Par la suite, nous avons pu discuter entre étudiants et avec les tuteurs, autour du repas. Il s'agissait d'un buffet fromage/charcuterie, accompagné de pain et de taboulé. A la fin de la soirée, on nous a même vivement recommandé de reprendre des choses avec nous, histoire de ne pas les jeter. J'ai trouvé ça très intelligent et bienveillant de leur part, surtout sachant que plusieurs étudiants venaient à peine d'arriver, n'avaient pas eu le temps d'aller faire les courses et n'avaient donc rien pour déjeuner le lendemain.

Et bim ! Le Vercors pour les courageux qui lisent toujours
Durant la soirée, nous avons également reçu des petits cadeaux ! Il s'agissait d'un sac à dos, assez pratique, beige et vert, avec les sigles de l'ESRF et l'ILL. Dans ce sac, étaient inclus de nombreux documents concernant les transports en commun, la location des vélos, le programme de l'école d'été, et même un bic avec un cahier A4 pour prendre des notes (ce que j'ai particulièrement apprécié puisque je comptais justement en acheter un pour l'occasion mais ne l'avais pas encore).
Plusieurs étudiants sont arrivés en cours de soirée, avec plus ou moins de soucis pour atteindre l'ESRF. J'ai pu discuter plus amplement avec une de mes deux tutrices et avec l'étudiante qui allait travailler sur le même sujet que moi et dans le même groupe. Au fil des conversations avec les différents étudiants (dans les jours suivants également), petit malaise : je ne sais pas ce que je peux bien faire ici ! Tous travaillent déjà sur des sujets plus ou moins proches de ceux de l'ESRF ou l'ILL, ont déjà été dans d'autres synchrotrons ou étudié ces techniques dans le cadre de leur mémoire. De mon côté, avec mes pauvres petits clusters d'or étudiés d'un point de vue théorique, je voyais mal ce que je venais faire là-dedans ... Mais nous y reviendrons.

A la fin de la soirée, quand des retours en voiture commençaient à s'organiser, une invitée surprise est arrivée : la pluie ! Elle avait sans doute peur que je me sente dépaysée sous ces grosses chaleurs, je ne sais pas. Toujours est-il que nous avons pu prendre notre douche avant même d'arriver à la résidence. Il ne s'est pas arrêté de pleuvoir par intermittence jusqu'au vendredi suivant à partir de ce moment.
Arrivées à la résidence, nous avons convenu d'un RDV pour le lendemain matin avec ma partenaire et nous sommes tous rentrés chez nous, épuisés, pour nous reposer avant d'attaquer la première semaine. Valoune était rassurée : ils étaient tous sympas, ça allait super bien se passer.

Dim 06/07 : Mission de reconnaissance

Le lendemain matin, il faisait toujours aussi beau et aussi chaud. Mon objectif du jour : aller me balader à pied pour faire du repérage aux alentours du campus de l'EPN (où se trouvent l'ILL et son réacteur, ainsi que l'ESRF et son anneau). Le but de la mission de reconnaissance était d'évaluer le temps nécessaire pour me rendre à mon lieu de travail depuis la résidence, et aussi voir le confluent entre le Drac et l'Isère (de ce que j'ai pu voir sur Google Maps, les eaux des deux cours d'eau étant de différentes couleurs, cela donne un mélange intéressant).
Près de la gare


La première étape de ma balade (commencée à 10h30 pour tenter d'éviter autant que possible d'être à l'extérieur durant les grandes chaleurs) était la gare. Je ne sais plus pourquoi, mais j'avais décidé d'aller y faire un peu de repérage. Il y a en fait deux gares au même endroit : celle de la SNCF et la gare routière, qui concerne les navettes arrivant à Grenoble depuis d'autres villes.
A Grenoble, il y a aussi quelques lignes de tram. J'ai appris (toujours grâce à mon ami Google) que la ville possède des nappes phréatiques proches de la surface, ce qui rend impossible la construction de lignes de métro. Donc ils se sont rabattus sur le tram.
La ville est également très plate. C'est, paradoxalement, la ville la plus plate de France. Ca la rend très appropriée pour le déplacement à vélo. Mais bon, le vélo et moi, on n'est pas franchement potes, alors ...

La Bastille
Puis, demi-tour depuis la gare, puisque le campus se trouve dans l'autre direction. En chemin, j'ai pu apercevoir la Bastille, qui est une forteresse sur les hauteurs de la ville. On peut y accéder à pieds ou bien en télécabines.
Ces petites télécabines sont devenues en quelque sorte un symbole de Grenoble (vous les trouverez sur toutes les cartes postales) et ce sont les premières télécabines à vocation touristique si je me souviens bien.
J'irai certainement à la Bastille pour pouvoir profiter d'une vue incroyable sur Grenoble.


Vue vers le centre-ville, depuis un pont
 Durant la suite de ma petite marche exploratoire, j'ai eu l'occasion de passer sur un pont qui surplombe les voies ferrées. La vue depuis ce pont était assez chouette. Globalement, j'ai fait beaucoup de petites incursions sur les endroits qui semblaient intéressants, pour découvrir un peu le coin et ce qui s'y passe. Ce qui explique sans doute que ma balade ait pris tant de temps. :) Je n'étais vraiment pas pressée, si ce n'est par mon estomac qui ne manquerait pas de réclamer son dû aux alentours de midi.

Au bord de l'Isère

Je suis ensuite passée sur une piste cyclable qui longe le cours de l'Isère. Je me suis engagée sur cette piste parce que la vue me plaisait, sans vraiment savoir si les piétons y étaient autorisés. J'en ai croisés plusieurs par la suite, ce qui m'a confirmé que j'avais tout à fait le droit d'être là. Cette piste cyclable arrive directement au campus de l'EPN et se prolonge jusqu'au confluent. Je n'ai malheureusement pas pu aller jusqu'au confluent. J'avais assez mal estimé la distance sur la carte, et il était carrément à l'autre bout du monde. Un fois que je suis arrivée à l'anneau de stockage de l'ESRF, j'ai décidé de faire demi-tour, et de rentrer manger.
Reactor spotted !
Je suis arrivée à la conclusion un peu rapide que je ne me rendrais pas à pied jusqu'à l'ESRF, et que j'irais voir le confluent une autre foi. Je n'avais pas pris en compte les nombreux détours réalisés lors de cette balade et la chaleur du soleil. En fait, ce n'est vraiment pas loin à pieds, surtout si on est accompagné et qu'on peut papoter durant la marche.
Cette balade m'a donc permis de repérer les différents bâtiments, voir de quoi ils avaient l'air de profil et pas de haut comme sur Google Maps. J'ai même pu repérer le réacteur ...
Le campus ... Belle vue non ?



Bref, c'était une chouette et chaude petite balade de découverte. J'ai pu me familiariser tranquillement avec les environs et prendre quelques repères. Au final, j'ai déambulé autour du polygone scientifique pendant 2 grosses heures.
Je n'étais pas mécontente de rentrer dans la fraicheur de l'appartement et de prendre une douche avant la réception de bienvenue. Car nous avions un buffet de bienvenue le dimanche soir !

Sa 05/07 : La résidence et l'installation

La résidence Carline n'est pas loin de la gare routière de Grenoble où nous avons débarqué. Malgré tout, ça restait une certaine trotte en considérant la chaleur et le poids de mes bagages. A notre arrivée à la résidence (car entre-temps j'ai rencontré l'autre étudiant belge), il a d'abord fallut signer toute une série de papiers concernant les assurances, prises en charge par l'ESRF.

La mienne, c'est celle de gauche
 Après la paperasse, petit tour du propriétaire. Tout est comme prévu, enfin, comme je l'avais vu sur les différents sites de location concernant la résidence. C'est très propre, très moderne, je sens que je vais m'y plaire. On a reçu un kit de literie et un kit vaisselle et ça, c'est super pratique. J'avais eu un stress 3 semaines avant le départ concernant la vaisselle : et si je n'en avais pas ? Je me voyais très mal trimballer mes casseroles dans l'avion ... Donc, parfait, si ce n'est que tout était nouveau et qu'il était préférable de laver tout une fois avant de les utiliser. Mais pour ça, il me fallait éponge et liquide vaisselle ...

Pour terminer le tour du propriétaire : je dispose de 20m² environ, avec salle de bain et kitchenette. Il y a largement assez d'espaces de rangement, c'est très agréable. La douche est à l'italienne, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de démarcation au sol pour délimiter la douche, ce qui est assez chouette. Ma kitchenette est petite mais comprend deux plaques électriques (suffisant pour cuisiner de bonnes choses !), un micro-onde, un évier et un frigo avec freezer (on reparlera de ce frigo). Je dispose en plus d'un bureau, une table, deux chaises, un "fauteuil" et un lit convertible. 

Côté cuisine
Par contre, drame ! Bien qu'on puisse emprunter un aspirateur, pas de balai. Mais ce n'est pas le plus ennuyeux. Ce qui manque vraiment, c'est une lampe de chevet. C'est un mystère dans la résidence : certains en ont deux avec ampoules, d'autres deux sans ampoules, et certains, comme moi, n'en ont pas du tout. Alors on se débrouille avec le GSM-torche 2.0.
A mon arrivée à la résidence, techniquement, je mourrais de chaud et j'avais juste envie de prendre une douche, mais avant de défaire les bagages, un petit rafraichissement des étagères poussiéreuses s'imposait.

Google étant mon ami, je lui ai demandé de me trouver une épicerie dans le coin pour aller y faire mes courses. Il m'en a trouvé plusieurs pas loin, proches de la gare, alors je me suis rendue dans cette direction. J'ai tout trouvé sauf les magasins que Google m'a renseignés, bien sûr, mais après un scan minutieux des rues parallèles de ce quartier, j'ai fini par dénicher un Spar. J'ai vu un tout petit peu plus grand que mes capacité de transport de charges lourdes pour rentrer à l'appartement, mais j'ai fini par  arriver à la résidence avec mes achats, le dos en compote.

La vue depuis ma chambre.
Puis, plus ou moins dans l'ordre, j'ai pu réaliser les tâches suivantes : dépoussiérage - douche - vaisselle - cuisine - rangement des bagages - skype avec Mutti - dodo.
J'ai bien entendu regardé le match (décevant, puisqu'on a perdu) des Diables pendant que je faisais la vaisselle.

Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-jointe, il faisait très beau et très chaud à Grenoble le jour de mon arrivée. D'ailleurs, je n'ai même pas la plus belle vue depuis ma chambre, je vous laisse imaginer celle des autres étudiants.
Sur base de cette chaleur, et après avoir consciencieusement lavé ma vaisselle, j'ai décidé de me préparer une salade feta-pommes. J'ai donc passé de longues minutes à nettoyer soigneusement ma salade et à la laver, à éplucher péniblement ma pomme (pour cause d'économe ... peu productif), mais le résultat en valait la peine. Ajoutez la fêta, un filet d'huile d'olive et un morceau de baguette, et voilà mon soupe prêt !

Miam miam ...
Après toutes ces aventures et cette loooooongue journée, j'ai pu défaire mes bagages complètement et terminer mon installation. Un repos bien mérité s'en est suivi, prête à vivre les nouvelles aventures dès le lendemain. Mais un peu inquiète tout de même devant ce monde inconnu, et la possibilité que les autres étudiants ne soient pas très sympas. Je vous rassure tout de suite, c'est loin d'être le cas ! On se marre beaucoup :)