samedi 9 août 2014

Je 10/07 : Première journée de labo

 

La première journée sans cours et donc au labo était assez calme. Tous les étudiants étaient répartis dans différents groupes de travail pour avoir l'occasion de mettre la main dans le cambouis du synchrotron (ou du réacteur). De mon côté, j'étais assignée au même projet qu'une autre étudiante, Petra (qui vient d'Autriche). Combinaison parfaite :)



La journée a vraiment commencé avec un RDV à 10h à l'ESRF pour la formation de sécurité sur les pratiques de labos (chemical safety training). On pouvait donc dormir un peu plus longtemps ce matin-là. Ce qui n'a pas empêché le réveil d'être maussade face à la pluie continue qui tombait toujours sur Grenoble. Nous avons donc pris le bus à plusieurs pour nous rendre sur le campus et ne pas être mouillé. Et bien, par temps de pluie, le bus, ce n'est toujours pas une super bonne idée. D'abord, il y a les embouteillages, et ensuite, on meurt de chaud dans le bus bondé et humide. C'est pas très convivial. Sans compter que le trajet à pied pour rejoindre le campus en lui-même puis le bâtiment de l'ESRF nous a laissé suffisamment de temps pour arriver trempés, tout juste en retard à la formation. Un petit mot d'excuse pour la madame et on commence les choses sérieuses.

La formation de sécurité en soi était très intéressante et j'ai même appris des trucs concernant la sécurité en labo (en effet, même si les normes à respecter sont françaises, les produits chimiques et la manière de les manipuler ne change pas avec les frontières). De nouveau, on ne rigole pas avec la sécurité à l'ESRF. Enfin, en théorie … car même si la théorie est très stricte, il y a toujours un certain laisser aller en pratique dans les labos.
Par contre, la dame qui nous donnait cette formation avait l'air absolument ravie d'être là, et surtout de parler anglais. On voyait bien que l'anglais n'était franchement pas sa tasse de thé. Mais le gros problème a été le ton monocorde et dénué de toute étincelle de passion qui nous a été servi pendant presque deux heures.

Juste après cette formation, nous sommes allées à la beamline qui nous avait été attribuée avec Petra. Il s'agissait de la ligne de lumière ID15 et le bureau des encadrante se situait au Secteur 10. A savoir à l'opposé de l'entrée de l'anneau. Nous avons donc eu la joie de parcourir la moitié de la circonférence du bâtiment, truffée de pièges divers : passerelles réservées aux colis, murs infranchissables de beamlines plus longues ... Le trajet a ainsi été composé de différentes portions sur le 1er étage et le rez-de-chaussée (et de découvertes du moment approprié pour changer d'étage). On en a conclu, avec déception, qu'il n'était pas possible de faire son jogging autour de l'anneau sur le temps de midi, à cause des nombreux obstacles à éviter en hauteur. Mais c'est assez fun et j'imagine très bien une partie de paintball ou de laser game dans un vieux synchrotron désaffecté. On pourrait y passer la semaine.
Vue à la sortie du bureau
Nous sommes finalement arrivées au bureau à temps pour voir les différents membres du service se rassembler pour aller déjeuner (diner chez les Belges). Nous avons pu faire un peu plus connaissance avec les différents post docs sur la ligne et les autres responsables. 
L'après-midi, notre première journée de labo, a été assez calme. Nous avons tout d'abord eu la joie de découvrir que nous avions notre propre bureau à Petra et moi, avec deux tables chacune, des sièges en mode roulette russe (il fallait trouver le bon) et de la poussière. Un charme, mais on avait notre propre bureau, alors c'était chouette :) On est même allé faire une copie de la clé du bureau, pour ça nous avons longé la seconde moitié du synchrotron, et nous avons patienté un moment dans le bureau du responsable serrure, car il voulait que son stagiaire (qui n'était pas dans le bureau) les fasse.

Clusters de bismuth (1)
Dans notre tout nouveau bureau, l'après-midi a été consacrée à la lecture des articles que nous avait imprimés notre encadrante. L'un d'entre eux concernait la technique utilisée, le second était le tutoriel d'un logiciel qu'on allait manipuler et le dernier était un article consacré au type d'échantillon qu'on allait analyser. Nous avons décidé de commencer par ce dernier (qui était le plus court). Et là, révélation ! Car cet article traitait de clusters de bismuth. Depuis le début de l'école d'été, je me demandais bien ce que je pouvais faire là. La plupart des étudiants travaillaient dans un domaine lié aux RX ou aux neutrons, avaient déjà eu l'occasion de travailler avec ce genre d'instrumentation ou se destinaient à aller là dedans. En bref, je me sentais un peu comme le vilain petit canard au milieu de tout ça, et je ne comprenais pas trop ce que je faisais là. Jusqu'à ce que j'apprenne que l'échantillon qui nous était prêté pour le stage était un échantillon de nanoclusters de bismuth ! Alors, je ne sais pas si c'était mûrement réfléchi de la part des organisateurs, mais les nanoclusters, c'est un domaine connu pour moi puisque que j'ai passé 2-3 mois de ma première année de master (cette année quoi) à travailler sur des nanoclusters d'or. Révélation ! J'avais trouvé ma place ! :)

C'était encore plus vrai car nous faisions une bonne équipe qui se complète avec Petra. En effet, elle avait déjà travaillé avec de la diffraction des rayons X (domaine avec lequel j'étais franchement moins en confiance). Mais elle étudie la science des matériaux, donc la chimie des nanoclusters (et la chimie de base en général), ce n'est pas trop son truc. Et c'est là que Valoune intervient ! C'était une combinaison parfaite car chacune pouvait répondre aux questions et aux lacunes de l'autre, chacune maitrisant une partie différente du sujet.

Clusters d'or (coeur Au25) (2)
Nous n'avons pas lu d'autres articles ce jour là, l'après-midi étant déjà bien avancée et nos petits cerveaux fatigués. Nous avons cependant eu la visite de Veijo, tête de la ligne de lumière (ceci étant une mauvaise traduction de "Head of the beamline"), qui voulait nous rencontrer. Il est resté 5min mais nous a laché une bombe : "hé, au fait, si vous avez amené vos propres échantillons, vous pouvez les passer ! Le faisceau est là, rien de plus simple que de les mettre dedans !". Comment ? Pardon ? MES propres échantillons ? Mélange de pensées dans ma tête : mais c'est trop cool ! - wouaw, on a un accès gratuit au faisceau pour notre propre recherche ! - Ah mais j'ai rien du tout avec moi comme échantillons ....

Petra avait des échantillons avec elle, au cas où, ce qui s'est donc très bien mis. De mon côté, je n'avais rien de prévu. J'ai préféré attendre confirmation de la part de nos encadrantes avant de contacter les différents profs pour qu'ils m'en envoient. Mais la perspective de passer mes clusters d'or (car, de toute évidence, avec l'article concernant les clusters au bismuth, c'était possible), m'enchantait déjà.

Après toutes ces émotions, nous sommes retournées à la résidence. Le souper a été frugal, j'ai mangé les restes des pâtes bolo (j'en ai mangé 3 jours de ces pâtes). Durant la soirée, on s'est retrouvé avec différents étudiants dans l'espèce de salon de la résidence. Il s'agit juste d'un couloir assez large où sont disposés des fauteuils en plastiques. On y a joué aux cartes (au Président plus précisément ... version Catalane), on s'est raconté nos journées, c'était sympa. :)


(1) Clusters de bismuth : Andrews et al., Angew. Chem. Int. Ed. 2006, 45, 5638-5642
(2) Clusters d'or :  Fields-Zinna, C. A.; Sampson, et al.. J. Am. Chem. Soc. 2009, 131, 13844-13851

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire